Financement du sport : le supporteur actionnaire (1/2). Deux exemples européens

Publié par Olivier Sanviti le 18/02/2011 - Catégorie : Chroniques

L’une des plus grandes frustrations des supporteurs de clubs sportifs est qu’ils soutiennent ardemment leur équipe favorite sans bénéficier d’un quelconque pouvoir de décision.

Cette déception est d’autant plus vive lorsqu’il existe un profond désaccord avec les dirigeants quant, par exemple, au choix de l’entraineur. Les supporteurs de l’Olympique de Marseille et ceux du Paris Saint-Germain se sont sentis impuissants lors de la rocambolesque tentative de cession de l’OM et la cession du PSG par Canal+ au fonds d’investissement Colony Capital. Confrontés à ces diverses situations ainsi qu’à des résultats sportifs parfois décevants, certains supporteurs ont parfois exprimé leur désarroi face à la gouvernance de leurs clubs favoris.

Eu égard à ce type de situation, certains pays européens offrent des exemples intéressants de gouvernance participative dans le domaine sportif.

L’Espagne des « socios »

L’Espagne offre un modèle intéressant en matière de gouvernance participative basée sur le système des « socios ». Le système est simple : « 1 homme, 1 voix ».

Les « socios » sont en fait des supporteurs des clubs de football qui paient un droit d’entrée ainsi qu’une cotisation annuelle obligatoire. En échange, ils acquièrent le droit d’élire le président du Club ainsi que le Conseil d’administration tous les quatre ans. Ils peuvent ainsi reconduire ou au contraire sanctionner une direction à chaque nouvelle élection.

Dans le cadre de la « junta », l’assemblée générale des « socios », ces derniers détiennent un pouvoir décisionnel pour des sujets plus mineurs.

Les clubs de football du Real Madrid et du FC Barcelone fournissent à ce propos de très bons exemples : ils comptent respectivement 85 000 et 163 000 « socios ». C’est ainsi que les « socios » du Real ont préféré élire, en l’an 2000, Florentino Perez et son projet sportif basé sur le recrutement de stars (« los galácticos ») plutôt que Lorenzo Sanz.

 

Financement du sport - le supporteur actionnaire

OVATION DANS LE STADE SANTIAGO BERNABEU POUR L’ARGENTIN GONZALO HIGUAIN, DU REAL MADRID, QUI VIENT D’OUVRIR LE SCORE FACE À L’ATHLETIC BILBAO (20 NOVEMBRE 2010). JAVIER SO RIANO / AFP

L’Angleterre des « supporters’ trusts »

De l’autre côté de la Manche, les actionnaires des clubs de football ont pris le parti d’ouvrir les sociétés gestionnaires aux clubs de supporteurs. Pour ce faire, les groupements de supporteurs bénéficient de l’aide des « Supporters Direct », organisation nationale sous statut mutualiste, qui les accompagnent sur le plan juridique et financier. Les « supporters’ trusts » peuvent aller jusqu’à lever des fonds dans une perspective de prise de participation (parfois majoritaire, comme au club d’Exeter City FC) au capital de clubs de football ou de rugby.

Naturellement, à l’instar des fonds de « private equity », le « supporters’ trust » disposera d’un siège au Conseil d’Administration du club.

L’image classique du supporteur s’en trouve ainsi changée. Dans une interview réalisée pour le site Internet Rue89.com, Antonia Hagemann, chargée de mission chez Supporters Direct, a déclaré que « l’on réduit souvent l’image des supporters à celle de leurs franges minoritaires les plus violentes. Mais supporter une équipe crée des liens sociaux entre supporters. Les impliquer bénéficie à toute la communauté ».